Eric Desbouis
Peintre et Sculpteur


Sculpteur audacieux, Eric DESBOUIS n'en est pas moins un peintre original que récompensèrent des salons prestigieux et qu'accueillent des galeries d'art de renom. Ses oeuvres peintes ou dessinées sont parfaitement en connivence avec ses sculptures, tant l'artiste les bâtit avec la même rigueur tout en y faisant paraître le volontaire de la composition et l'efficacité du trait et des coloris simples et purs, qui accentuent l' expression poétique et un brin surréaliste de son oeuvre en général. Il y règne un indéniable attrait au fil de perspectives , personnages et visages d'une fascinante sévérité dont la noblesse rejoint en cela ses sobres dessins au trait, fruits d'une imagination remarquablement exemplaire.

André RUELLAN, critique d'art


Les sculpteurs qui se vouent au travail des métaux, c'est tout ou peu. Ou c'est la définition d'un artiste dans l'âme mais non conformiste, clairvoyant et doué, ou bien il est question d'un soudeur que démange la notoriété. Je suis donc prudent avec cette catégorie métallurgique de l'art, mais heureusement surgit parfois un talent vrai, pur, inventif, qui improvise , fascine grâce à son esprit et valorise par son savoir-faire une facture différente mais passionnante à découvrir. Eric DESBOUIS est de ceux-là: avec son air détaché de manier le chalumeau et la baguette de soudure, il se montre audacieux et imaginatif par son acquis , sa personnalité et son style de définir des objets tout autant décoratifs que fonctionnels. Eric DESBOUIS, en grâce et en aplomb propose une métallurgie en puissance et en élégance au gré de son imagination. Il utilise avec humour le répétitif du fer rond, du boulon, de l'engrenage ou de la roue dentée et invente de savoureux animaux frileux, de somptueuses formes dans l'espace et prône même la rigueur. En technicien averti, Eric DESBOUIS ose le déséquilibre et suggère le rêve en fers plats industriels et normalisés. Il faut le faire ce design brut et audacieux pour animer par la pensée ses drôles de machines et stabiliser des êtres étranges dignes du Golem et de Métropolis.

André RUELLAN, critique d'art

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LE FER ET L'ACIER COMME MATERIAUX D'ART

Le fer et l'acier sont les matériaux de prédilection du sculpteur Eric Desbouis. Son atelier dans l'ancienne école en face de son domicile est jonché de ces matériaux de rebuts, prêts à se prêter aux jeux poétiques de leur Pygmalion. Utilisant des vestiges industriels, des objets issus du quotidien, l'artiste leur redonne une seconde vie, les réinvente librement, leur conférant par-delà leur nouvelle fonction de statut d'objets sculptures ou meubles-sculptures. En mettant un terme à la déchéance de ces résidus de notre consommation de masse, promus par la grâce de l'artiste au rang d'œuvres d'art, dont ils sont parties constitutives, Eric Desbouis tente aussi de conjurer à sa manière la marche du temps.

Le regard amusé, voire malicieux, et distancié de l'homme sur son environnement se reflète dans ces re-créations fortes et ludiques, imposant dans l'espace leur étrange et poétique présence. Des œuvres telles Chimère (1989), L'agriculteur (1991), Le roi Ubu, Boule Géante (2007), ou Petits oiseaux trouvent des résonnances dans l'univers onirique de l'œuvre sculpté d'un Miro. Un même clin d'œil pour dire la liberté de l'artiste de libérer et le matériau, et le sens des formes ; en somme un rappel de la phrase de Frédéric Nietzsche : " Nous avons l'Art pour ne pas mourir de la Vérité. "

A travers ses trois belles sculptures de fer et d'acier, Eric Desbouis synthétise avec virtuosité trois facettes du Mont Saint-Michel. Dans La Merveille et la Grève, il met en exergue "la pyramide des mers" et son union intime avec ce miracle de la nature qu'est la vaste baie qui la porte. Dans Strates emblématiques, le discours se fait plus historique. L'œuvre duelle devient en sa partie supérieure un hymne au joyau architectural et à ses bâtisseurs : l'Eglise, ses grands et puissants abbés, et la royauté, pourvoyeuse de dons en argent et de richesses foncières. La moitié inférieure de la composition évoque symboliquement, à travers cette plate-forme ornée d'une croix - et protégée par un rempart -, le devenir de l'abbaye : les débuts, la fondation de l'oratoire de saint Aubert en 708, qui nécessita l'arasement du sommet du Mont, suivie de la construction de Notre-Dame-sous-terre (933 - 966), puis de l'abbaye romane, aux XIème et XIIème siècles, jusqu'à la Merveille du XIIIème siècle qui domine la partie haute de la sculpture, reposant majestueusement sur son substrat rocheux et architectural, incarné lui-même par les délicats enchevêtrements de lignes géométriques. La fleur de lys est quant à elle un clin d'œil à la Salle des Fleurs de lys de l'abbaye et à son décor peint subsistant du XIIIème siècle.
Quand dans L'au-delà des choses la silhouette noire du Mont se découpe dans l'espace, traité comme en opus incertum, et dominée peut-être par la figure en filigrane de l'archange : ce messager entre Dieu et les hommes, dont le nom - en forme d'interrogation - signifie en hébreu : " Qui porte la lumière ? ". Dans ce délicat bas-relief, suspendu, tel un mobile, pour que d'un souffle le spectateur en perçoive les deux faces, le positif et le négatif - le Mont livré d'un côté au bouillonnement de la vie ne se révèle pas au premier regard - Eric Desbouis associe étroitement le fer à l'air qu'il utilise comme matériau intrinsèque de la sculpture.

Brigitte Béranger-Menant, Historienne de l'Art.






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